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Un roman à l'intrigue atroce, comme le XIXe siècle savait en produire. Une prose enracinée dans le réel, le réel le plus sordide, celui du petit peuple parisien, celui des passions avilissantes, celui des mesquineries assassines. On reconnaît le naturalisme de Zola encore en gestation dans cette œuvre (Edouard de Goncourt accusera par la suite Zola de plagiat lors de la parution de l'Assommoir… il est vrai que ces deux œuvres ont des parentés certaines).
L'histoire
Germinie Lacerteux, sexuellement abusée dans sa jeunesse, arrive à Paris pour connaître les affres de la domesticité, avant d'entrer au service de Mlle de Varandeuil, une brave vieille célibataire qui va progressivement s'attacher à elle. Se voyant dans l'impossibilité de se marier, afin de conserver sa place, Germinie tente de calmer ses élans maternels en prenant soin d'une nièce qui finira par quitter le pays et dont on lui cachera la mort pour lui soutirer ses gages. Puis Germinie prodigue sa tendresse au fils d'une épicière, le jeune Jupillon, qu'elle comble de bontés. Mais l'enfant devient un homme et Germinie succombe à une passion dévorante qui sera sa damnation. La spirale infernale de la déchéance commence alors : Germinie s'endette par amour, subit l'opprobre public (les deux amants ont une grande différence d'âge), et finira par sombrer dans l'alcool et la perversion des sens lorsque Jupillon, son grand amour, la quittera.
Les sources d'inspiration de Germinie Lacerteux sont à rechercher dans l'existence même des frères Goncourt. Derrière l'existence tragique de Germinie se dissimule Rose, une ancienne servante des deux frères écrivains, une femme dont ils ne connurent l'histoire secrète et douloureuse qu'après sa mort.
Certains passages sont particulièrement enlevés : le chapitre 12 dans lequel on voit la douceur de vivre à Paris en fin de semaine, lorsque les ouvriers quittent le centre-ville pour s'évader à la campagne. La ville tentaculaire (déjà à l'époque !) s'efface progressivement, les longues avenues et les hauts édifices laissent la place à un habitat clairsemé, à des chemins sinueux… on ressent cette agréable transition entre ville et campagne dans ces pages légères qui décrivent la promenade amoureuse de Germinie et Jupillon.
Le chapitre 15 est également remarquable. La légèreté n'est plus de mise dans cette description psychologique de Jupillon. La plume est acérée, les adjectifs ébauchent un personnage dur, cynique, mauvais.
Le plus beau passage se trouve à la fin du roman. Les narrateurs interpellent Paris, cette ville où règne le scientisme, cette ville de lumière et de beautés, mais qui doit sa gloire et son lustre au travail misérable des petites gens. Toute l'indignation naturaliste de Zola est déjà présente dans ces lignes magnifiques.
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Flammarion - GF
308 pages
ISBN : 2080705490