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Le Grand Théâtre du monde, de Pedro CALDERON DE LA BARCA
El Gran teatro del mundo, de Pedro Calderon de la Barca
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Le théâtre du siècle d'or est hélas bien injustement ignoré en France. Le relatif oubli des oeuvres "sacramentelles" de Calderon tient à l'oubli de leur objet même : la glorification religieuse, une leçon de catéchisme adressée au peuple du XVIIe siècle... Dans un pays où le fait religieux n'est plus du tout enseigné, quand il n'est pas tout simplement combattu, les pièces de théâtre sacramentelles du siècle d'or espagnol ont bien peu de place.
Le Grand Théâtre du Monde de Calderon est une oeuvre passionnante à plus d'un titre. L'intérêt de cette pièce est surtout de nous plonger dans une époque totalement méconnue : le siècle d'or, l'ère du baroque espagnol.
Lorsqu'on étudie les oeuvres de la période baroque (musique sacrée, architecture ostentatoire et dégoulinante de dorures, sculptures aux drapés virevoltants, peinture enflammée...) on n'observe que de bien pauvres vestiges. Nos sens perçoivent des impressions que notre intellect a bien du mal à comprendre... Si l'on peine à comprendre ces arts anciens, si ces représentations artistiques peuvent même agacer, c'est parce que leur fondement idéologique manque désormais. Ces oeuvres préservées ne sont que la partie émergée de l'iceberg. Ce qui nous reste inconnu, c'est une philosophie : la foi en Dieu qui conduit à l'ascèse pour le salut de l'âme.
Comment comprendre sinon que Charles Quint, ce monarque tout puissant, maître d'un empire "sur lequel le soleil ne se couche jamais", ait pu abdiquer pour se retirer dans un monastère de l'Extremadure, une des régions les plus pauvres de son royaume ? Ascèse, jeûne et prière pour un roi qui avait connu tous les honneurs, toutes les gloires...
Preuve que l'on ne comprend plus la philosophie de la fin du XVIe et du XVIIe siècle : la mise en scène adoptée par la Comédie Française (l'oeuvre est entrée au répertoire du Français en avril 2004) : la Loi, qui souffle aux personnages humains "Aime ton prochain comme toi-même et agis bien car Dieu est Dieu" est représentée par une espèce de groupie bonde et futile, qui sautille derrière le personnage de l'Auteur... La mise en scène moderne vise à faire rire de l'élément le plus important de la pièce, la phrase clé qui donne à l'oeuvre tout son sens.
Calderon présente Dieu comme un auteur de théâtre qui crée des personnages, leur donne un rôle à jouer, mais reste muet sur l'interprétation : à chaque acteur de jouer au mieux. Quels que soient les rôles qui nous ont été attribués à la naissance, l'important est de vivre en suivant toujours cette maxime : "Aime ton prochain comme toi-même et agis bien car Dieu est Dieu". Dans ces conditions, la vie terrestre est une épreuve délicate, pour la réussite de laquelle les plus dotés à la naissance ne sont pas les plus favorisés : il n'est pas trop difficile de faire le bien lorsque on manque de tout (cas du mendiant) ou lorsque c'est notre raison de vivre (cas de la religion) ; il est nettement plus difficile d'assumer cette noble mission lorsque la futilité de l'existence (beauté, richesse, pouvoir, travail) nous présente ses atours tentants au quotidien.
L'oeuvre avait un objectif moral : à tous ceux dont la foi avait tendance à tiédir, à tous ceux qui considéraient que les enseignements bibliques étaient trop nombreux et trop complexes pour être suivis au quotidien, l'auteur affirme que la clé du paradis tient "en deux vers seulement", "Aime ton prochain comme toi-même et agis bien car Dieu est Dieu".
Dans une société déchristianisée, la portée de la pièce s'est considérablement réduite : si une morale laïque a tendance à se développer, une question brûlante reste posée... A quoi bon faire le bien si l'on ne croit plus au paradis ou à une quelconque récompense ? Et d'ailleurs qu'est-ce que le bien si aucune puissance ne peut légitimement en donner la définition ? On touche au drame de l'existence moderne : dans une société sans Dieu, le vide guette... le matérialisme et la satisfaction des sens ont remplacé l'attente de la rédemption. Face à ce vide conceptuel on est tenté d'affirmer que les seules issues sont le retour à la foi ou le suicide...
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Publié
par
Mathieu Scrivat
Le mercredi 15 septembre
2004
> Le Grand Théâtre du monde, de Pedro CALDERON DE LA BARCA
15 janvier 2010, par Fabienne
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Bonjour,
Moi non plus je n'aime pas trop les pièces qu'on "modernise" en leur faisant perdre de leur substance. Pour le reste de l'article, je trouve qu'il traduit bien les interrogations humaines d'aujourd'hui et d'hier : si Dieu n'existe pas, alors chacun doit le recréer à sa manière pour avoir SA propre ligne de conduite. Mais souvent avoir une éthique dans le monde d'aujourd'hui signifie qu'on est en décalage avec le monde. Alors peut-être vaut-il mieux croire en quelque chose. Tout sauf ce vide ! En réponse à cela Sartre a écrit L'Existentialisme est Un Humanisme. Chacun doit trouve en la Vie sa justification d'être au monde. N'empêche que des philosophes comme Auguste Comte (classifié aussi comme sociologue) sont revenus à la foi parce qu'ils n'avaient pas pu supporter le vide. Je comprends le doute, mais alterner comme cela une longue période athée (positiviste scientifique) et ensuite se découvrir une foi inébranlable, cela paraît curieux. Ma meilleure amie est croyante et je l'envie. Pour ma part, j'ai mes principes mais ne pense pas CROIRE vraiment en Dieu. Je crois en l'Homme ... et en la puissance de sa volonté, un peu comme Nietzsche ! Des commentaires ? FAites-nous partager VOTRE FOI. F. |
> Le Grand Théâtre du monde, de Pedro CALDERON DE LA BARCA
14 avril 2008, par Denis
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Il n'y a pas plus de drame dans nos sociétés modernes qu'il n'y en a eu auparavant, je pense même qu'il y en a moins, l'absence de Dieu n'implique pas la présence d'un vide, bien au contraire, chacun se remplit et remplit sa vie du monde et de sa beauté. S'il existe, laissons Dieu tranquille, il a ses raisons d'avoir créer le monde. S'il n'existe pas, que les religions acceptent cela, le monde aura peut-être moins de problèmes Denis |
> Le Grand Théâtre du monde, de Pedro CALDERON DE LA BARCA
3 avril 2007, par marie
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très interessant votre article. Je partage votre analyse du texte. Je ne partage pas les commentaires qui sont publiés à la suite de votre article. Trop souvent le prisme utilisé pour analyser des pièces des siècles passés est celui le nôtre, celui de notre époque. De l'idéologie vient alors se mêler à une juste interprétation de l'oeuvre qui si elle ne peut faire l'économie de ce que nous sommes ne doit cependant pas ignorer ce que l'auteur a voulu dire. La pièce me semble d'une grande modernité théâtrale : avant Pirandello et six personnages en quête d'auteur, un auteur, Dieu, a trouvé lui ses personnages. Ont-ils compris le sens de la partition qu'ils devaient jouer ? Réalisent-ils seulement que leur passage sur la terre doit les rendres artisans d'un monde où les règles du jeu les dépassent infiniment mais dont ils sont malgré cela les acteurs, les "créateurs" ? Magnifique pièce de théâtre, où l'amour du prochain est l'accord dominant qui permet de vérifier si le devoir des uns a été correctement accompli et sans que cela coûte inutilement aux autres. |
> Le Grand Théâtre du monde, de Pedro CALDERON DE LA BARCA
18 mars 2007
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Désolés ou pas ,il y a bien dans la vie un fil conducteur qui mène le grand théâtre de la vie que l'on croit en DIEU ou pas ! |
> Le Grand Théâtre du monde, de Pedro CALDERON DE LA BARCA
7 septembre 2006, par fraber
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Je viens de lire votre commentaire de l'oeuvre de Calderon. Je ne crois pas en Dieu et je n'envisage ni de me convertir ni de me suicider. Je regrette de ne pas vous donner raison. Je pense que j'aime plus la terre que tous ceux qui rêvent de s'exiler dans un ciel abstrait et si parfait qu'il est pétrifié. Je me préoccupe en premier de l'avenir de la terre et de l'humanité et de sauver tout ce que nous pouvons sauver. Je ne vois poindre ni Dieu ni le désespoir. Désolé pour vous. |
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