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Véra, la quarantaine, vit retirée dans un hameau fantomatique au bord de la Mer Blanche, entourée d'une cohorte de vieilles femmes cacochymes, des veuves qui attendent la mort. Le narrateur, un intellectuel progressiste, vient de Léningrad (St Petersbourg) afin d'enquêter sur les coutumes locales en matière de cérémonies nuptiales et funéraires… Le pouvoir soviétique aimait ressusciter les traditions ancestrales : la momification de la culture par le communisme est bien connu.
Véra est « la femme qui attendait » : en 1945, Eva avait 16 ans… la guerre la sépare de l'homme qu'elle aime. Un premier amour qui ne revient jamais, et qu'elle attend malgré la fuite du temps.
Le roman raconte la fascination du narrateur pour cette femme énigmatique. On ne connaît Véra que par le regard intrigué de l'auteur… il s'agit donc d'un portrait éminemment subjectif : les traits distinctifs, les descriptions objectives changent de sens et façonnent un nouveau personnage à mesure que le narrateur découvre Véra, apprend à la connaître. Ces livres érudits sur les étagères font d'abord penser à la prétention intellectuelle des provinciaux, quelques livres que Véra aura trouvés dans une des masures abandonnées du hameau… puis on apprend que Véra préparait une thèse et que ces ouvrages étaient des sources bibliographiques pour son travail de recherche… On croyait que Véra s'était toujours terrée dans son village et on apprend donc qu'elle est partie étudier à Leningrad ; on croit que son existence est toujours bien réglée, bien sage, et on la voit partir le soir vers la ville, peut-être en quête de relations charnelles avec des hommes… il s'agit d'une véritable enquête. Les exemples de ces interprétations divergentes sont très nombreux dans le roman : mille ombres de Véra se dessinent en fonction des analyses justes ou erronées du narrateur.
Dans la première partie on ne sait presque rien de Véra. Tout juste apprend-on qu'elle attend un homme parti à la guerre. Il ne s'agit alors que d'une silhouette évanescente. La deuxième partie du roman est beaucoup plus instructive : le voile se lève sur l'existence de Véra, sa vie d'attente sans fin, ses activités routinières, son rôle bienfaisant dans le village peuplé de vieilles veuves.
L'auteur maintient le doute sur la raison de l'attente : Véra attend-elle vraiment son fiancé par choix, ou n'est-ce que la force des choses ? Son célibat est-il volontaire ou a-t-elle souffert de la pénurie d'hommes valides après la guerre ? On ne peut pas trancher. Le mystère demeure.
Il ne s'agit pas du roman d'une héroïne, d'une forte personnalité. Il s'agit plutôt de la description d'une ombre ; un récit long et assez triste. On note une pesanteur, un trouble, un malaise.
Le roman évoque avec force les contrées inhospitalières du nord : ces régions fantomatiques, ces villages en ruines, désertés, dépeuplés par la guerre et l'exode rural… des hameaux et villages bientôt réinvestis par la végétation conquérante.
On ne peut pas affirmer qu'il s'agit là d'un roman flamboyant, parfaitement réussi. On a du mal à s'intéresser vraiment à ce personnage énigmatique de Véra. Il s'agit d'une « attente trop longue pour un roman ». Une attente « trop douloureusement vraie » ? (p. 85)… hélas pas. On a vraiment beaucoup de mal à croire en cette existence terne, cette vie sacrifiée, d'éternelle abnégation et d'attente.
Un roman donc imparfait mais dont l'ambiance surprenante mérite toutefois une lecture.
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Publié
par
Mathieu Scrivat
Le mercredi 10 mars
2004
> La femme qui attendait, d'Andreï MAKINE
6 mai 2009, par Patrick Panza-Hoor
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Un livre douloureusement beau, comme sait si bien en produire la fantaisie poétique de Makine. Une histoire simple, qui en dit beaucoup plus qu'il n'y paraît... |
> La femme qui attendait, d'Andreï MAKINE
2 novembre 2006, par CAREME Claude
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C'est un très beau roman. Très poétique. Mais il faut sans doute aimer la taïga, son silence, son infini !...
Le style de Andréï Makine, très bon, éloigné du style médiocre de beaucoup de romanciers actuels, convient parfaitement à ses romans. Il crée la poésie de cette oeuvre, comme dans tous les romans de Makine. |
> La femme qui attendait, d'Andreï MAKINE
19 mars 2006, par celine loddo
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J'ai trouvé ce roman d'une poésie extrème...Je l'ai écouté enregistré sur CD et c'etait magique comme on est transporté dans ces paysages, comme on sent jusqu'à s'y croire ces paysages glacés mais colorés, ces intérieurs chauds et embués, le glissement de la barque sur l'eau, et ces personnages si vrais... C'est un des romans qui m'aura le plus marquée et si je le pouvais je le dirais à son auteur...C'est vrai qu'il y a comme une attente, une longueur, mais elle est magique et féérique... |
> La femme qui attendait, d'Andreï MAKINE
17 novembre 2005, par Gilberte
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Vera m'a "interpellée au début... Je voulais savoir qui elle était...
Mais QUE DEVIENT-ELLE ? ? SE NOIE-t-ELLE EN LUI DISANT ADIEU AVEC SON BRAS QUI SORT DE LA BARQUE ?
Merci de vos commentaires et vos réflexions. Renée JOLY |
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