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Film américain (2003) Historique, Drame, Biographie Durée : 2h 07mn Interdit aux moins de 12 ans Avec Jim Caviezel, Monica Bellucci, Maia Morgenstern, Luca Lionello, Hristo Naumov Shopov Réalisé par Mel GIBSON
Comment à priori ne pas se réjouir qu'un cinéaste s'intéresse à la vie du Christ et ait le courage de présenter un film sur sa Passion ? Comment ne pas reconnaître qu'il est lui-même manifestement croyant, soucieux d'être fidèle aux Evangiles, allant jusqu'à faire parler les acteurs dans les langues de l'époque ? Et de fait, certaines scènes sont pour un chrétien profondément émouvantes, en particulier celles où apparaît Marie, la mère de Jésus, très bien interprétée par Maïa Morgenstern.
Il faut pourtant, face à ce film, tant sur le plan artistique que sur le plan spirituel exprimer les plus expresses réserves. Ce n'est pas par hasard s'il a provoqué tant de remous avant même sa sortie. Une immense opération de marketing l'entoure. Pour conquérir à tout prix un public, pour secouer et retourner le spectateur, il a recours à des procédés fréquents dans le cinéma à grand spectacle, qui visent essentiellement à provoquer l'émotion. Ces procédés jouent d'autant mieux que le réalisateur, Mel Gibson, ne manque pas de talent. Mais la fin ne justifie pas les moyens. Il faut donc exprimer trois critiques extrêmement graves.
1) Est-il admissible, dans un film parlant du Christ, d'étaler une telle violence, de la montrer si longuement avec tant de complaisance ? Ce qu'a vécu le Christ durant ces heures a été en effet atroce. Mais peut-on le montrer de cette façon ? Comme on est loin du texte des Evangiles, où tout est évoqué avec sobriété et pudeur. Les Evangiles soulignent, chacun à sa façon, la force morale qui continue à habiter Jésus jusqu'au bout, alors qu'ici, dès son arrestation il est transformé en pushing-ball sanguinolent. Cette manière de faire est déjà critiquable au point de vue artistique les grands artistes ne s'adressent jamais seulement à l'émotion, mais aussi au cœur et à l'esprit. Elle l'est plus encore du point de vue moral : " sadisme et voyeurisme ne peuvent tenir lieu de catéchisme " .On a bien dans ce film, pour l'essentiel, une fidélité littérale à l'Evangile. Mais comme dit Saint-Paul, " la lettre tue mais l'esprit vivifie ".
2) Le déchaînement de haine sans cesse montré dans ce film voudrait souligner par contraste l'innocence de Jésus, qui porte le péché des hommes. En réalité, il reflète une vision manichéenne du monde : d'un côté les méchants, à savoir les Juifs et les Romains, de l'autre, les bons , Jésus, sa mère, la femme de Pilate, et …..bien sûr, sous-entendu, tous ceux qui suivent Jésus. Cette vision manichéenne du monde n'est pas propre à ce film, elle est au contraire très répandue : Mel Gibson lui-même, a commencé sa carrière comme acteur avec les films " Mad Max " qui opposaient évidemment les bons et les méchants. Elle a l'avantage de libérer de l'angoisse face aux drames du monde en en accusant les autres. Il faut rappeler que la foi chrétienne et déjà la foi biblique, sont aux antipodes de cette conception : " Des cieux, le Seigneur se penche vers les fils d'Adam…tous, ils sont dévoyés, pas un homme de bien, pas un seul " (Ps 53,3-4). Ce n'est sans doute pas dans l'intention de l'auteur, mais c'est son œuvre qu'il faut apprécier, et on le sait, " L'enfer est pavé de bonnes intentions " C'est pour cela que, sans taxer explicitement le film d'antisémitisme, il faut bien dire qu'il " pourra être utilisé pour confirmer des opinions antisémites ".Un extraordinaire chemin a été parcouru depuis 50 ans, depuis Jules Isaac et Jean XXIII, dans les relations entre juifs et chrétiens, un dialogue chaleureux a été prolongé et soutenu par Jean-Paul II . Ce film par son exaltation de la violence et de la haine, marque un régression de plus de 50 ans en arrière.
3) Il faut enfin rappeler que le christianisme est né de l'événement de la Résurrection du Christ , C'est l'événement pascal qui est la lumière permettant de relire toute la vie de Jésus et tout le récit de sa Passion. La brève et fugitive allusion à la Résurrection, à la fin de film, n'est pas suffisante. Elle laisse en place une théologie de la souffrance rédemptrice, qui était certes dominante du 17ème au 19ème siècle, qu'on trouve encore dans les Semaines Saintes andalouses, mais qu'heureusement les grandes Eglises ont abandonnée depuis longtemps en redécouvrant davantage le message originel de Paul et des Evangiles : " Si Dieu est pour nous, sui serait contre nous ?…Qui nous séparera de l'amour du Christ " (Romains Ch VIII 31-35.
Père Jacques Lefur
| | La Passion du Christ Acteurs : Jim Caviezel, Monica Bellucci, Maia Morgenstern Réalisateur : Mel Gibson ASIN : B000CD9UBA |
Publié
par
Cinéma et Spiritualité
Le dimanche 11 avril 2004
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