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Le Palais Comtal

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Le Palais Comtal d'Aix en Provence était une de ces constructions composites, une de ces chimères architecturales européennes que les étrangers nous envient tant ; un monument comparable au palais de Dioclétien à Split (Croatie) : le fruit d'une lente sédimentation historique et architecturale, chaque époque ayant modifié, façonné à sa manière ce fort singulier édifice.

A l'origine, deux monuments d'époque romaine, situés sur l'actuelle Place des Prêcheurs :
-   une porte romaine composée de deux tours réunies par un mur courbe, l'antique porte d'Italie, semblable à la porte Leoni conservée à Vérone en Italie.
-   une tour assez élégante, habillée de colonnes monolithiques, un mausolée recueillant les cendre de plusieurs hauts personnages (à l'époque romaine, les cimetières étaient situés le long des voies menant aux villes : avant de pénétrer dans la cité des vivants, il fallait traverser la cité des morts, un charmant jardin hérissé de monuments parfois somptueux).

Au Moyen Age, les premiers Comtes de Provence réunissent ces trois vestiges romains miraculeusement préservés des saccages engendrés par les invasions barbares. Différents murs sont bâtis pour construire un complexe palatial entre les tours de la porte romaine (les tours du Trésor et du Chaperon) et le mausolée (Tour de l'Horloge). Au fil des siècles, du XIIIe au XVe principalement, le monument s'enrichit : grande salle des pas perdus, salle de l'audience, chapelle dédiée à la Vierge, appartements d'apparats, façade monumentale bâtie par René d'Anjou (le « bon Roi René »)… le monument devient somptueux, il synthétise toute l'histoire de la cité.

C'est dans le Palais Comtal que siégeaient les principales administrations de Provence : le Parlement (organe de justice, également chargé de l'enregistrement des lois, édits et ordonnances) et la Cour des Comptes.

1776 : destruction du Palais des Comtes de Provence
Un petit retour en arrière sur l'histoire mouvementée de notre belle cité s'avère nécessaire. A la fin du XVIIIe siècle, les parlementaires Aixois décident la destruction de l'ancien Palais des Comtes de Provence, jugé vieillot et vétuste, afin de le remplacer par un édifice moderne… le début du XIXe siècle enfantera du morne Palais de Justice et de la Prison (actuelle Cour d'Appel).

Quelques années avant la Révolution et ses regrettables conséquences sur le patrimoine local (églises saccagées, statues bisées…), les Parlementaires Aixois, ces aristocrates pourtant cultivés, fiers de leurs origines nobles, sensibles à l'héritage historique, commirent un crime architectural qui ne leur sera jamais pardonné. Comme le grand Empereur Charles Quint visitant la mosquée de Cordoue transformée en cathédrale, nous pourrions nous exclamer : « Ils ont détruit un monument unique pour bâtir une de ces constructions que l'on voit partout… »

Devant le grand vide laissé par la disparition de ce monument unique, on doit laisser la parole au grand amoureux de la ville qu'était Joseph d'Arbaud : « La ville comtale d'Aix n'a pas de centre, pas de haut lieu. A travers sa belle ordonnance, on ne découvre pas l'acropole, le monument où bat le cœur d'une ville, où s'incarnent ses souvenirs, où s'inscrit et se symbolise son histoire. Elle le possédait, cependant. C'était son Palais Comtal. »

En savoir plus : Visiter le petit site Internet consacré au Palais Comtal, sur le portail de la Cité du Livre

Publié par Mathieu Scrivat
Le vendredi 18 juin 2004



   
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