Ce recueil de nouvelles n'est certes pas un chef-d'œuvre impérissable mais il permet de passer un excellent moment de lecture.
Le trait distinctif de cet ouvrage est son thème : la vie en entreprise, un thème hélas fort peu exploité pas les auteurs modernes qui se contentent de livrer de pâlottes introspections psychologico-trouducolo-cultureuses.
Charles Gancel connaît bien le fonctionnement des entreprises, ces organisations rationnelles régies par des individus éminemment irrationnels. Comme le signale la notice figurant sur la quatrième de couverture, l'auteur « dirige un cabinet de travail spécialisé dans l'intégration culturelle des grandes entreprises internationales »… en d'autres termes il fait en sorte qu'un mariage de capitaux consécutif à une fusion-acquisition, ne finisse pas en divorce séparant les employés aux cultures d'entreprise différentes.
Neuf histoires, parfois cruelles, souvent très drôles.
La saillie : séance de corruption au restaurant. Un chef d'entreprise marqué dans sa jeunesse par une saillie chevaline juge ses pairs à l'aune de cette expérience troublante…
Les œufs : les mystérieuses pratiques érotiques de forts sages employés de banque.
Réglé comme une horloge narre les déconvenues intestinales d'un directeur logistiques pour qui aller à la selle sans faute tous les matins à dix heures précises est « la preuve la plus éclatante de son professionnalisme ».
Dans Ouahadi, l'épouse assez "bobo" d'un cadre envoyé en Afrique pour une mission internationale découvre peu à peu l'envers du décor de la vie d'expatriés…
Demi-Cuit a un souffle balzacien : un jeune énarque se retrouve plongé dans la jungle d'intrigues propres à la haute administration française… un milieu dans lequel on se joue des sentiments comme de la morale.
Arachnée : un entomologiste drague une photographe…
Crash : seul survivant d'un accident d'avion dans l'Himalaya, un président de grande entreprise publique prend conscience du regard porté sur lui par son successeur désigné… Sa confiance et son assurance vacillent petit à petit.
« Top Excellence Award » est certainement la nouvelle la plus grinçante du recueil. Le destin tragique d'un ancien cadre, licencié, divorcé, marginalisé, clochardisé… quelques années après avoir reçu le prix « Top Excellence Award » qui récompensait les employés les plus performants.
La cinquième lettre : un thriller… le président d'une entreprise reçoit des lettres anonymes menaçantes et décide de faire appel à un conseiller d'entreprise qui mène l'enquête.
L'auteur s'est visiblement beaucoup amusé à écrire ces nouvelles. Il s'agit même peut-être d'un exercice de style. Différents types de narration sont exploités : échanges épistolaires dans Ouahadi, narration distanciée, narration à la première personne… De nombreux genres littéraires sont également utilisés : la confession dans Les Oeufs, le polar à suspens dans La cinquième lettre, le récit d'aventure dans Crash…
Ce livre souffre cependant d'un grave défaut à nos yeux : l'auteur ne s'engage pas, il ne clôt pas ses nouvelles dont l'intrigue reste en suspens. En ne devenant pas vraiment maître de son intrigue et de ses personnages, Charles Gancel n'apparaît pas - pour l'instant - comme un véritable écrivain.
Peut-être ce recueil n'est-il qu'un outil de travail… on ne peut qu'encourager Charles Gancel : plusieurs des personnages présents dans ces nouvelles mériteraient de figurer dans un roman… un souffle balzacien viendrait soulever les dessous sales du management, de la finance, de la haute administration, des fumeux cabinets de conseils… Prenez la plume, M. Gancel, et devenez donc écrivain !
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Éditeur : Buchet Chastel
Broché - 180 pages
ISBN : 2283019915