Après de longues années de relatif abandon, notre bonne vieille cathédrale St Sauveur bénéficie d'une fort salutaire cure de jouvence.
Cet ambitieux programme de valorisation culturelle a débuté il y a deux ans avec le nettoyage et la restauration complète du superbe cloître roman, un petit bijou architectural, un puits de douce lumière qui contraste avec les sombres nefs de la cathédrale. Les colonnes géminées, les chapiteaux (tous différents, certains historiés, d'autres à motifs végétaux ou géométriques), les bases et les margelles... les éléments achitecturaux s'unissent dans un harmonieux ballet de pierres. Des pierres illustres et chargées d'histoire d'ailleurs : la construction du cloître de St Sauveur doit beaucoup à l'antique forum romain qui occupait les lieux avant lui... on retrouve avec émotion des dalles gravées en réemploi dans un mur, des chapiteaux taillés pour servir de bases aux colonnes romanes... le poétique renouvellement des monuments remarquables : la destruction des uns fournit la matière des autres...
Notre époque scientiste et rationnelle ne tolère plus les facéties de l'hitsoire. Les monuments dont nous avons hérités sont désormais interdits de toute invention. Le cloître semble désormais momifié, figé pour des siècles. Des visites touristiques permettent de l'admirer, en quelques minutes seulement. Pourquoi un tel lieu n'est-il pas ouvert en permanence, dans la journée ? Crainte du vandalisme ? Ce monument fait penser aux bijoux merveilleux qui dorment dans les coffres-forts... A quoi bon protéger un trésor si personne ne peut en jouir ? Vaste débat...
La seconde phase de restauration concerne des oeuvres majeures situées à l'intérieur de la cathédrale proprement dite. Il s'agit du célèbre triptyque du Buisson Ardent, d'une oeuvre de Jean Daret, et du baptistère paléochrétien.
La restauration du Triptyque du Buisson Ardent de Nicolas Froment (il était temps !), un des grands chefs-d'œuvre artistiques conservés à Aix. Cette œuvre héritée de l'Ecole d'Avignon, au XVe siècle, ne pouvait plus être contemplée depuis des années, faute d'une restauration urgente qui aurait enrayé la dégradation de la très fragile couche picturale. Pour éviter que cette œuvre remarquable ne se détériore, une chapelle latérale dans la nef baroque devrait prochainement lui être consacrée. Loin des courants d'air qui mettent au supplice le vénérable panneau de bois sensible à toute modification hygrométrique, cette nouvelle chapelle offrira enfin l'écrin de tranquillité que mérite cette œuvre superbe.
Saluons cet ambitieux programme de restaurations... la cathédrale d'Aix le mérite bien !